Ce virus infecte les vers à soie, et il a la particularité de les transformer en zombies!

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Ver à soie

Vers à soie

Un thread récréatif de Lucile Bokobza > sur un virus terrifiant le baculovirus, il infecte les vers à soie, et il a la particularité de les transformer en zombies.

En effet, lorsqu'un vers à soie est infecté par ce virus, il va totalement changer de comportement. Alors que, d’ordinaire, son attitude serait plutôt de rester caché dans les endroits sombres (pour éviter de se faire manger par certains prédateurs comme les oiseaux), en étant infecté par ce virus, il va se mettre à grimper vers les cimes les plus hautes. Une fois en haut des cimes, le vers à soie reste en place jusqu’à sa mort. 
Cependant, l’action du virus ne s’arrête pas là 

Une fois mort, le vers à soie va se décomposer de manière à ce que son corps devienne une sorte de poudre.

Sauf que, la poudre, c’est extrêmement volatile… En réalité, cette poudre est constituée de nouveaux virus (inactifs car hors de tout hôte). En utilisant cette poudre comme moyen de transport, le virus va pouvoir :

  1. soit directement atterrir sur de nouveaux vers et repartir pour un tour
  2. soit atterrir sur le sol et attendre patiemment qu’un nouveau vers passe sur lui pour l’infecter

Dans les deux cas, c’est bénéfique.

il semblerait que, si le vers modifie à ce point son comportement, c’est parce que le virus l’oblige à être attiré par la lumière, donc il monte en haut des arbres pour en avoir un maximum).

En voyant ce genre de mécanismes, on peut se dire que l’évolution de ce virus est dotée d’une intelligence qui lui est propre.

Figurez-vous que c’est l’un des problèmes centraux en philosophie de la biologie : celui de la téléologie. Il est très pratique d’attribuer une volonté à un organisme dans les stratégies adaptatives qu’il a pu adopter, alors que l’évolution est aveugle et ne peut être attribuée à une quelconque volonté. 

Néanmoins, ce mécanisme du baculovirus semble aussi étonnant qu’ingénieux. Cela est particulièrement intéressant dans le cas des virus, car, bien que leur pouvoir pathogène soit certain, il faut qu’ils puissent maintenir l’hôte vivant assez longtemps pour pouvoir se transmettre !

Pour faire simple, ce virus tue son hôte très rapidement, donc les virus de cette population qui n’ont pas réussi à se transmettre à d’autres vers ont disparus. or, ceux qui ont réussi à se transmettre sont ceux dont la stratégie adaptative était la plus efficace, et, en l’occurrence, cela passait par le fait de modifier le comportement de leurs hôtes. Ainsi, c’est pour cela que, maintenant, ce bagage pathogène spécifique du baculovirus s’est étendu : c’est celui qui leur permet de proliférer de la manière optimale.

 Thread Source : Lucile Bokobza (M2 Philosophie Contemporaine, Panthéon-Sorbonne)

Photo Source : commons Wikimedia